Manoirs et familles

Les manoirs en Bretagne désignent des seigneuries modestes tenues par un seigneur. Les terres du domaine ou de « la retenue » sont exploitées soit directement par le seigneur ou son régisseur (avec l’aide de journaliers et de main d’œuvre commuable) soit louées par contrat de durée limitée à un ou des fermiers, soit cédées à titre de domaine féagier ou à titre de domaine congéable.

Dans ce dernier cas, le plus courant en Basse Bretagne, le propriétaire d’un bien rural, généralement le seigneur, contracte avec un preneur, le domanier : le propriétaire qualifié de « foncier » possède les terres ainsi que les arbres des espèces nobles (hêtre,…). Le « domanier » est propriétaire des édifices et superficies : bâtiments, fosses et talus, ainsi que des arbres appartenant aux espèces non nobles. Le loyer est représenté par un fermage annuel, la jouissance de la tenure, y compris la propriété des « superficies », ce que le tenancier dit domanier y plante (productions agricoles, talus, arbres fruitiers, etc..) ou construit (maison, granges, bâtiments divers). Ce type de contrat fut stigmatisé à la Révolution française comme un reliquat féodal et supprimé le 26 août 1792. C’est un type de contrat fréquemment rencontré dans les actes notariés de Pont-de-Buis lès Quimerc’h, liant les seigneurs aux paysans.

La réformation de 1426 nous indique dans la rubrique « noblesse » le nom de 7 nobles à Quimerc’h. Trois autres noms apparaissent dans la rubrique « métayer ». Le nombre de nobles sur la paroisse de Quimerc’h est élevé : 10. Il laisse supposer que les seigneuries sont de petite taille et qu’ils n’en tirent sans doute pas de grands revenus. Parmi les plus importantes les manoirs du Bot, de Pennarmenez, de Kermorvan et du Drenit.

Manoir du Bot

Elle est attestée dès la réformation de 1426 : Hervé du Bot, collecteur de noblesse. Celle de 1536 mentionne Jean du Bot, noble sieur dudit lieu du manoir.

Par les mariages et unions, le nom du Bot est remplacé par les noms Conen de Saint Luc et de Silguy.

C’est la seigneurie la plus importante de Pont-de-Buis lès Quimerc’h et possède de nombreuses terres sur la commune. En 1872, elle est encore propriétaire des terres suivantes : du château du Bot avec son pourpis et ses réserves, de la métairie du stang ar bot, des 4 domaines de Kerhuel, des 2 domaines de Penavern, des 2 domaines du Trelllu et de Kerhervé, du manoir et du moulin de Mezamer, du domaine de Kerdaniel, de la ferme de Kermajaffray, de la métairie de Kerhyvennec, les 2 domaines du manoir des salles, de la métairie de Kerousac’h, de la parcelle de Parc Boutin, du manoir et métairie de Pennarmenez de la métairie et du domaine de Lanvenou, du domaine de Kerneuden, de la garenne du Bot, de la ferme de Toulafas (??); de la métairie et du domaine de Coatiscoul, de la petite location de Kerhuel et de la maison dite du Lann, les taillis et futaies dépendant de ladite terre… (Acte de mariage du Comte de Saint Luc, AD 29)

Quelques personnalités célèbres/reconnues du Manoir du Bot :

Emile Marie Conen de Saint Luc (1812-1888) : maire de Quimerc’h de 1876 à 1888.

Il est à l’origine du déplacement du chef lieu de bourg de Quimerc’h. Après l’abandon de l’enclos paroissial, il acquiert le site de Saint Pierre et déplace le porche au cimetière pour la transformer en chapelle funéraire familiale.

Louis Anselme Longa, Portrait de Jean Marie de Silguy, Musée des Beaux Arts de Quimper cliché Musée des Beaux Arts de Quimper

Louis Anselme Longa, Portrait de Jean Marie de Silguy, Musée des Beaux Arts de Quimper
cliché Musée des Beaux Arts de Quimper

Jean François Xavier Marie de Silguy (1785-1864) : polytechnicien, ingénieur des ponts et chaussées.

Il dirige les travaux d’aménagement du canal de Nantes à Brest et du boisement des landes de Gascogne

notamment. Passionné d’art, il lègue sa collection à la ville de Quimper à la seule condition que la ville construise un musée pour la recevoir. Cette collection, riche et variée est composée de 1 200 peintures, 2 000 dessins et 12 000 gravures.

 

Manoir de Pennarmenez

Dans la réformation de 1536, est mentionné Jacques ou Jean Le Goff, seigneur de Pennarmenez. La seigneurie semblerait remonter à la seconde moitié du 15ème siècle (Gaston Conen de Saint Luc, AD 29). Le premier nom du lieu serait Kernevez an floch, comme cité par documents d’archives. Le lieu est habité par Hervé Le Goff, notaire.

En 1929, Marie Le Goff, héritière du domaine est veuve de Briand Rouxel. Le domaine entre en possession de son fils Jacques Rouxel qui a sept enfants. Louise, une de ses filles épouse François Achille de Kerlean et le domaine est ensuite transmis à leur fils Charles de Kerléan lequel décède sans enfants.

La sieurie est composée alors du manoir de Pennarmenez et sa métairie, de Pennavern, Lanvenou, Kerneuden, moulin à vent, Coastiscoul, Muriou, Kerivin, la Boixière, Creac’h Moyec. Beaucoup de ces terres sont entrées dans le domaine au XVIIème siècle. En 1735, la famille du Bot, rivale depuis quelques années, entre en possession du domaine de Pennarmenez.

Manoir de Kermorvan

Manoir de Kermorvan

Manoir de Kermorvan

Situé près de l’Aulne, le site du manoir de Kermorvan est occupé depuis longtemps. Des découvertes archéologiques y ont été faites lors de travaux agricoles en 1923.

Les mentions faisant référence à un manoir remontent à 1426. La réformation parle d' »un métayer de la terre de Jehan Hemery au village de Kermorvan, à cause de femme et lui noble mais les paroissiens sont en débat, scavoir si ce lieu est noble ».

Par la suite, on n’a que peu d’information sur le Manoir si ce n’est qu’au XVIIIème siècle il appartient au sieur Charles-Hyacinthe de la Fruglaye de Kervers et son épouse Claude Le Pappe. Le 21 novembre 1809, François Marie de la Fruglaye vend le Manoir de Kermorvan et toutes ses dépendances à Denis Benoit et son épouse Barbe Bouré pour la somme de 24 000 f. Leur héritier, Jean-Baptiste Benoir cède le Manoir à Louis Datin et son épouse François Oblin par acte signé le 17 juin 1837 pour la somme de 12 000 francs. Une dizaine d’années plus tard, le Manoir devient la propriété de Jean Marie Le Jollec et Yves Caër de Kerancrocq en Logonna Quimerc’h. Le domaine est loué par bail à simple ferme successivement à plusieurs familles.

La famille Caër reste propriétaire du Manoir jusqu’à nos jours. En effet, dans les années 1960, un des descendants des Caër, Paul Morvan rachète les parts et développe l’exploitation agricole et aménage le manoir en gites.

Manoir du Drenit

L’histoire de la seigneurie du Drenit se confond de la fin du XVIème au début du XVIIIème siècle avec l’histoire de la famille de Tregoazec, originaire de Dinéault.

La seigneurie entre dans le domaine de la famille Musuillac au début du XVIIIème grâce au mariage de Jeanne de Tregoazec, héritière de la seigneurie du Drenit avec le compte de Musuillac. On sait qu’elle en est veuve en 1726.

Si on ne connaît que peu de choses sur cette famille et sur le manoir du Drenit, les archives de la poudrerie possèdent quelques actes de la fin du XVIIème siècle concernant des achats de terrains et le fonctionnement du Moulin du Drenit aussi appelé Moulin du Pont, situé au niveau de l’ancienne entrée de la poudrerie, près du pont de buis.

Manoir du Drenit, extrait du cadastre napoléonien de Saint Ségal Archives départementales du Finistère

Manoir du Drenit, extrait du cadastre napoléonien de Saint Ségal
Archives départementales du Finistère